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"Qui vit de combattre un ennemi a tout intérêt de le laisser en vie" (Nietzsche)



LA PROPOSITION

 

Paris
6h31 

 

Le jour se lève à peine, pourtant la cafetière programmable quinze tasses de Franck est déjà presque vide.

 

Au milieu de cartons de déménagement, sur un fond sonore d’échanges radio de la police diffusé par un Terminal Acropole, Franck finalise le tapissage intégral des murs de son salon.

 

Rapports d’autopsies, clichés de scènes de crimes, procès-verbaux, textes colligés, coupures de presse, dessins, notes écrites : des centaines de documents liés à des enquêtes criminelles forment une immense mosaïque.

 

Flash-back, la veille, au Département du Service des Affaires criminelles de la DRPJ de Versailles.

 

Une vingtaine de policiers fêtent le départ en retraite de Franck : trente ans de service, un grade de capitaine et un taux record de résolution d’homicides qui irrite particulièrement les super flics de la « Crim ».

 

6h48

 

En plein monologue intérieur, Simon fixe ses clés de voiture d’un air mécontent. Il hésite un moment, puis il se décide à prendre le trousseau. Il enfile un blouson et quitte son studio miteux.

 

Flash-back, la veille, au Département du Service des Affaires criminelles de la DRPJ de Versailles.

 

Alors que le pot de départ en l’honneur de Franck bat son plein, Simon se tient seul dans un bureau attenant. Suspendu de terrain par Franck suite à l’interpellation trop musclée d’un père de famille violent, cela fait six mois qu’il est cantonné à la numérisation des dossiers papiers de vieilles enquêtes criminelles. Épuisé, il ne remarque pas que Franck fixe toute son attention sur lui à travers la vitre qui sépare les deux pièces.

 

7h01

 

Au volant de sa Clio sport 1987 avec laquelle il partage la même année de naissance, Simon roule dans un Paris qui s’éveille doucement. Après un ultime virage, il ralentit et vient se garer devant un immeuble polychrome en brique industrielle. Le visage contrarié, il hésite à couper le contact quand une jeune femme avec un petit sac à dos sur les épaules sort de l’immeuble. La trentaine, de longs cheveux bruns regroupés en queue de cheval, un legging noir dessinant une silhouette sportive, elle dégage un charme électrique qui annihile aussitôt l’irritation de Simon. Elle s’engage dans la rue pour rejoindre le jeune flic, quand deux hommes éméchés et agressifs lui barrent le chemin. Le plus grand attrape la bretelle de son sac et tire brutalement dessus pour attirer la jeune femme contre lui.

 

- Viens par ici beauté...

 

À la vue de cette scène, Simon s’extirpe de son véhicule pour intervenir, mais la jeune femme ne lui en laisse pas le temps. Elle projette un puissant coup de genou dans l’entrejambe de son agresseur, puis elle se retourne et enchaîne avec un coup de poing-paume au visage de son comparse.

 

Une fois la situation maîtrisée, les deux types gémissants de douleur, elle ramasse son sac à dos et traverse naturellement la rue pour rejoindre Simon, ébahi. Elle avance droit sur lui, main tendue, sereine et souriante :

 

- Salut ! Moi, c’est Eve.

7h32

 

Franck ouvre la porte de son appartement pour accueillir Ève et Simon.

 

En entrant dans le salon, Simon est stupéfait par la scénographie de la pièce et l’ambiance sonore du Terminal Acropole qui crache les communications radio de la police.

 

De son côté Ève n’y prête aucune attention particulière. Elle claque une bise affectueuse au vieux flic, dépose son sac à dos sur le canapé puis attrape la cafetière, désormais vide, et rejoint la cuisine.

 

Bien qu’il soit décontenancé, Simon lâche d’un air faussement détaché :

 

- J’ai pas l’intention d’investir dans un costard et de devenir chauffeur privé !

 

Il tourne les talons pour repartir quand Franck l’interpelle d’une voix lourde :

 

- Tant mieux, car ce n’est pas exactement une journée de chauffeur que je te propose.

 

Il referme la porte derrière Simon.

 

Le jeune flic reste un moment interdit. Puis il s’approche de la mosaïque de documents collés sur les murs et balade son regard dessus, s’arrêtant particulièrement sur certains clichés de scènes de crimes.

 

Franck esquisse un infime sourire de satisfaction.

 

- Tu en reconnais certains ?

 

Déconcerté, Simon se retourne au moment où Ève revient dans le salon avec la cafetière remplie et deux mugs supplémentaires.

 

- À quoi est-ce que vous jouez tous les deux ?

 

Franck consulte sa montre, anxieux, et traverse la pièce pour baisser le son de la radio.

 

- Août 1987, j’ai vingt-cinq ans quand je débarque à la Crim. Vacances scolaires, effectifs réduits… Pour mon premier jour, on me confie une affaire alors que je devrais être le bizut du groupe…

 

Il s’apprête à poursuivre son récit, quand Simon le coupe d’un ton faussement blasé.

 

- Je connais l’histoire… Un couple d’étudiants assassiné. Peu d’indices, aucun suspect sérieux et pourtant deux semaines après tu arrêtes le coupable. La légende est née.

 

Plutôt que de triompher, Franck affiche un air contrit.

 

- Une légende oui… Mais pas la mienne.

 

À l’évocation de cette phrase, Simon sent son pouls s’emballer.

 

Franck regarde à nouveau sa montre, plus fébrile. Il attrape un dossier duquel il sort le portrait photographique d’un jeune homme blond d’une vingtaine d’années, au visage rond.

 

– Cédric Faloun.

 

Il jette la photo sur la table.

 

– Il prend vingt ans pour le meurtre du jeune couple. Mais son avocat obtient sa remise en liberté après dix-huit mois pour vice de procédure dans l’enquête.

 

Sa contrition laisse place à de la colère.

 

- Mon enquête.

 

Simon jette un œil rapide en direction d’Ève qui connait à l’évidence déjà toute l’histoire.

 

- Une fois libéré, Faloun s’évanouit dans la nature. Il disparaît totalement des radars.

 

Franck sort une enveloppe postale jaunie par le temps.

 

- Dix mois plus tard, alors qu’une série de meurtres particulièrement violents secouent tous les services, je reçois cette lettre de Faloun dans laquelle il me remercie d’avoir donné un but à sa vie et me met au défi de l’arrêter… encore une fois.

 

Simon plisse les yeux tandis que Franck opine de la tête.

 

- Ce « jeu » dure depuis 30 ans… Et il va s’achever aujourd’hui.

 

Simon regarde les centaines de documents qui tapissent les murs et comprend alors qu’ils relatent une vie entière d’enquêtes.

 

- Combien de victimes ?

 

Absolument pas surpris par la question de Simon, Franck répond avec la froideur d’un croque-mort qui tient des comptes précis.

 

- 121

 

Simon blêmit.

 

Franck consulte sa montre : 7 h 58. Le visage raidit et les muscles tendus, il tourne la tête vers son téléphone portable posé sur la table. Ève s’approche, grave et concentrée.

 

- Qu’est-ce que tu en dis ? Une journée à faire des photocopies ou bien la plus grande traque à laquelle tu ne participeras jamais ?

 

Sa montre affiche maintenant 7 h 59 et 50 secondes.

 

- Le moment de vérité…

 

Les secondes s’égrènent dans une atmosphère électrique : 55… 56… 57… 58… 59…

 

8h00. Rien ne se produit.

 

Tandis que son portable reste désespérément muet au milieu des échanges radio de la police, Franck reste immobile, en apnée.

 

Ève et Simon se sondent du regard.

 

Une sonnerie retentit soudain, agissant comme un électrochoc sur Franck. Pas celle de son téléphone portable, mais de la porte. Réanimé, il se précipite vers un secrétaire cylindre dont il ouvre le tiroir central pour en extraire une arme semi-automatique Sig Sauer.

 

Malgré son visage contracté, sa concentration est totale. Il avance vers la porte, se positionne sur le côté du mur attenant, puis tourne doucement la poignée en tenant fermement son arme derrière son dos.

 

A SUIVRE...

 

Sam Bekare - 2018 - Protégée à la SACD

 

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résumé

Un capitaine de police légendaire fraîchement retraité. Un jeune flic ingérable privé de terrain. Une mystérieuse associée capable de revivre des crimes sans y avoir assisté. Ils ont vingt-quatre heures pour arrêter Faloun, tueur en série qui sévit depuis plus de 30 ans. Une journée de traque pour résoudre l’enquête d’une vie.

 

 

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